Tshisekedi est-il allé trop loin?

La décision du Président Félix Antoine Tshisekedi de suspendre l’installation des sénateurs et de reporter le vote des gouverneurs et vice-gouverneurs de provinces suscite un tollé général dans la communauté congolaise.

Mardi, 19/03 – Pius N’Ghoy Romain Rolland a introduit une plainte à la Cour constitutionnelle. Le Président de la République est personnellement visé. Le requérant qui se définit comme journaliste indépendant accuse M. Tshisekedi d’avoir violé la loi fondamentale du pays.

« La Constitution de la République démocratique du Congo, en son article 162, alinéa 2, dispose que toute personne peut saisir la Cour constitutionnelle pour inconstitutionnalité de tout acte législatif ou réglémentaire« , écrit-il en préambule dans une lettre adressée au procureur générale de la Cour constitutionnele.

Félix Tshisekedi a donné ordre, lundi, de suspendre l’installation des sénateurs. Il a imposé par la même occasion le report des votes de gouverneurs et vice-gouverneurs. Le procureur de la République a été instruit de mener des enquêtes sur des allégations de corruption qui ont émaillé le scrutin sénatorial.

Victime de ses émotions

Pius N’Ghoy estime qu’en prenant ces mesures, le Chef de l’Etat est tombé trop bas. Sans victime de ses propres « émotions ». Lui qui a vu les militants de son parti (l’Udps) se livrer à des actes de vandalisme et de pillage, le lendemain de la publication des résultats du scrutin.

« Etant le garant de la Constitution et du bon fonctionnement des institutions, le Président de la République a violé intentionnellement » la loi, conclut-il.

Pius N’Ghoy Romain Rolland n’est pas le seul Congolais à dénoncer l’acte posé par M. Félix Antoine Tshisekedi. « L’Etat de droit que chacun appelle de ses voeux ne s’accomode pas d’états d’âme et ne doit pas être partisan et clientéliste, » souligne de son côté prof. Bokolombe, un analyste politique bien connu dans les milieux des internautes.

« Si hier, l’on a, à maintes reprises, reproché à la kabilie de violer intentionnellement la Constitution, ce n’est pas aujourd’hui que l’on s’y inclinerait », souligne cet analyste. « Sauf cas de force majeure (état de guerre ou de siège), poursuit-il, l’on ne peut pas suspendre le processus électoral et différer la mise en place des institutions sur base d’une structure de fait et incompétente qu’est la réunion interinstitutionnelle« .

Même son de cloche côté FCC

La plateforme de l’ancien Chef de l’Etat Joseph Kabila qui a signé un accord de coalition gouvernementale avec le CACH (Cap pour le chagement) dont fait partie l’Udps du Président Tshisekedi, conteste, elle aussi, la compétence de la réunion interinstitutionnelle sur laquelle Félix Antoine Tshisekedi s’est appuyé pour suspendre l’installation des sénateurs et reporter le vote des gouverneurs et vice-gouverneurs.

« En tant que cadre de concertation ne disposant d’aucun pouvoir de décision, l’interinstitutionelle ne serait fondée qu’à formuler des recommandations aux institutions constitutionnellement habilitées à prendre des décisions dans les matières ayant l’objet de ses délibérations« , relève le FCC dans un communiqué signé par son Coordonnateur, Néhémie Mwilanya Wilondja, l’ancien directeur de Cabinet de Joseph Kabila.

La plateforme politique de Joseph Kabila a par ailleurs encouragé, dans le même communiqué, la « poursuite des enquêtes pour faits de corruption » tout en prévenant que ces enquêtes ne doivent pas entraver le processus de mise en place des institutions ».

Une réunion de crise serait en cours ce soir à la Cité de l’Union africaine, rapportent des sources généralement bien informées. Cette rencontre entre cadres du FCC et leurs homologues du CACH serait présidée par Félix Antoine Tshisekedi lui-même dans le but d’aplanir les divergences entre les deux camps qui ont signé, il y a de cela un peu plus d’une semaine, un accord de coalition gouvernementale.

©Bbp/2019/03/JAA

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